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La Réunion. Héritage du théâtre en partage avec la Cie malgache Landyvolafotsy

PARCOURS. L'aventure qui lie la Réunion à la Cie Landyvolafotsy remonte, pour ce que nous en connaissons, d'expérience, au Festival Métis organisé à Pierrefonds par la Cie Talipot.

C'est donc en 1996 que nous avons découvert le phénomène théâtral que représente, à la Molière, les baladins les plus célèbres de Madagascar,  la Cie Landyvolafotsy. Le théâtre Fourcade, à l'époque a profité de l'aubaine et c'est donc deux ans avant le création, en ce même lieu du Grand Marché, du Centre dramatique et de  l'invitation que leur a fait alors le premier directeur, Vincent Colin, que la troupe, autrement dit les membres de la grande famille Odeamson, ont pu s'imposer sur les planches dionysiennes avec un spectacle incitant à "Rêver debout" (Tsanga Nofy).

Un cadeau de vitalité, de bonne humeur , d'humanité offert au nom de leur tradition  par des acteurs qui "toujours peuvent parler du pire en laissant le dernier mot au rire", écrivions-nous à l'heure de cette première rencontre, découvrant les héritiers des ancêtres comédiens du village d’Ambohidratrimo, à  une quinzaine de kilomètres de Tana.

C’est là-bas que, deux siècles plus tôt, la dernière reine du royaume malgache, Ranavalona III, envoyait chercher les comédiens, danseurs et musiciens pour orchestrer ses royales festivités. Parmi ses courtisanes, l'arrière-grand-mère de Doly Odeamson (l'homme qui dirige toujours aujourd'hui Landyvolafotdy). Elle était chargée de choisir les artistes, en toute connaissance de cause, puisqu'elle en faisait elle même partie. "Ainsi, depuis trois générations, notre village vit au rythme du théâtre  dont nous sommes les artisans, garants de la tradition", aime à dire ce tout jeune septuagénaire, qui avec soeurs, frères et cousins a passé, comme son père avant lui, sa vie sur les planches. "Lui, Rakoto, il a fréquenté la Comédie Française en son temps. Il était fan de Molière et, comme lui, il est mort sur scène. J'ai tout appris de lui et je n'imaginais pas faire un autre métier."

Grimault, Aristophane, Hugo

Doly avait bien tenté de prendre une autre direction en allant boucler à Bordeaux un cursus de  philosophie. Seulement en 1973 le décès de son père,  qui avait réclamé d'être enterré par les siens en musique, l'a ramené dans la Grande Ile . "C'est à ce moment-là que j'ai décidé moi aussi de faire du théâtre. Comme lui, et comme ce Molière qui l'avait tant inspiré. Avec des parades de rue, des tréteaux pour aller dans les villes et les villages jouer la comédie. Il y a tant d'enfants à Mada, et tant de regards à illuminer de plaisir quand on fait l'acteur!....".

Dans la séquence "souvenirs souvenirs..." que ces retrouvailles avec Doly nous inspirent, outre leur apparition tambours battants à Pierrefonds, les hommes vêtus de redingotes flamboyantes et coiffés de blancs canotiers, les femmes  moulées dans de longue robe amarilles drappées de châles immaculés, pour donner vie, cuivres en tête à l'Hira Gasy (art populaire des Hautes Terres), on n'oubliera jamais le plaisir,  offert en si bonne compagnie,  trois ans après, au même endroit devenu CDR. Vincent Colin (qui les avaient déjà conviés à Cergy Pontoise quand il y dirigeait le Festival Fenêtres au Sud) a eu la bonne idée d’inscrire la troupe  à son programme de rentrée avec la mise en théâtre (et avec quel doigté !) du film animé "Le Roi et l'oiseau", de Paul Grimault. Des liens très forts ont ainsi liés les baladins malgaches et le public réunionnais.

Ils nous ont donné La Paix

Et en 2002, alors que la Grande Ile frôlait une nouvelle fois la révolution, interdisant à Doly de présenter dans son pays sa création du moment, "1000 francs de récompense", de Victor Hugo, la Cie Landyvolafotsy est revenue en urgence au Grand Marché pour la jouer. Et puis Lolita Monga a pris le relais de Colin à la tête du CDR.  Rien de plus normal  pour cette femme de théâtre que de programmer  à nouveau la cie malgache  qui est revenu nous donner "La Paix" , écrite par le poète grec Aristophane pour tenter de sensibiliser ses contemporains à la funeste guerre du Péloponnèse, il y a un peu plus de quatre siècles avant notre ère, quelque part sur les rives de la Méditerranée.

Une comédie antique qui dénonce l'indifférence des hommes et encense la paix. Une thématique idéale pour Doly et sa fratrie qui ont toujours su,  dans leurs rôles d'acteurs et formateurs de vie auprès des jeunes dans les villages de brousse, utiliser le théâtre pour véhiculer  les valeurs d 'humanité, de partage et de solidarité .

Rien n'a vraiment changer dans l'esprit des Odeamson et cie qui continuent aujourd’hui de se mobiliser au nom des pouvoirs salutaires de la dramaturgie pour donner du sens, de la joie et de la beauté à l'existence."Ce qui a changé, nous dit Doly, c'est l'état de la Grande Ile. Elle n'en finit pas de s'appauvrir au fil des années et la situation sociale risque à tout moment d'exploser ".

Ceci dit sans autre commentaire sur la politique de son pays. C'est en filigrane, dans son travail  théâtral, que se niche sa discrète éloquence sur tant de souffrance. Avec, toujours, le sourire... la suprême élégance.

Marine Dusigne

Mis à jour ( Dimanche, 11 Février 2018 07:03 )  
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